Du 9 au 19 mars 2026, j’ai représenté le Sénégal à la 70e session de la Commission de la Condition de la Femme des Nations Unies, au Siège de l’Organisation à New York. J’ai pris l’engagement de rendre compte à mes concitoyennes et concitoyens à l’issue de chaque mission officielle. Ce bilan en est l’expression.

Un thème au cœur de notre mission
La CSW70 s’est réunie sous le thème : « Garantir et renforcer l’accès de toutes les femmes et de toutes les filles à la justice, notamment en promouvant des systèmes juridiques inclusifs et équitables, en éliminant les lois, politiques et pratiques discriminatoires et en s’attaquant aux obstacles structurels ».
Ce thème n’est pas une formule de circonstance. Il nomme une réalité que nous combattons chaque jour : celle des femmes qui n’ont pas accès à la protection que la loi leur garantit en principe, mais que la vie leur refuse en pratique.
L’initiative du Sénégal : un événement parallèle à l’ONU
En marge des travaux de la Commission, j’ai présidé un événement parallèle initié par le Sénégal, consacré à l’amélioration de l’accès des femmes et des filles à la justice par une approche multisectorielle et le renforcement des dispositifs de proximité pour les victimes de violences.
La rencontre a réuni Madame Amina Mohammed, Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, des membres de gouvernements de la sous-région, des représentants d’ONU Femmes, de la société civile, ainsi que des experts du système judiciaire sénégalais et de l’Association des juristes sénégalaises. Ma collègue Yassine Fall était présente, aux côtés des délégations de la Gambie, de la Guinée et du Mali — témoignage d’une solidarité africaine qui se construit dans l’action.
J’ai rappelé ce que l’expérience enseigne : les obstacles à la justice ne sont pas seulement juridiques. Ils sont économiques, géographiques, culturels. Ils tiennent à l’éloignement des juridictions, à la complexité des procédures, aux pesanteurs sociales qui découragent les femmes de porter plainte. C’est sur ces obstacles-là que nous devons agir, en mobilisant l’ensemble des parties prenantes, jusqu’au cœur des communautés.
Ce que le Sénégal porte et partage
Le 13 mars, notre délégation a participé à un événement de haut niveau organisé par la République du Mali sur les réponses endogènes aux violences basées sur le genre. Nous y avons présenté les dispositifs sénégalais qui font leurs preuves sur le terrain :
- Le Comité technique national MGF/VBG, cadre de coordination intersectorielle
- Le projet Karangue, déployé dans sept régions du pays
- Les Centres de Prise en Charge Unique pour les victimes de violences
- La plateforme nationale de signalement Allô 116
- L’accompagnement psychosocial et économique des survivantes
- L’implication structurée des leaders religieux et communautaires dans la prévention
Ces dispositifs ne sont pas des abstractions. Ce sont des femmes qui ont appelé le 116. Des survivantes accompagnées vers l’autonomie. Des communautés qui ont changé.
Les chiffres qui obligent
Lors d’un événement de haut niveau, j’ai posé devant la communauté internationale un chiffre qui ne peut laisser indifférent : 31,9 % des femmes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir subi des violences au cours de leur vie. Ce chiffre est une interpellation. Il engage le gouvernement à poursuivre le renforcement du dispositif juridique et institutionnel : criminalisation du viol et de la pédophilie, structures spécialisées de prise en charge, formation des forces de sécurité, outils de collecte et de suivi des données, actions de prévention à grande échelle.
La parité, un acquis sénégalais à défendre et à amplifier
Lors d’une session parallèle consacrée au leadership politique des femmes, j’ai rappelé ce que le Sénégal a accompli : la Loi sur la parité absolue de 2010 a porté la représentation des femmes au Parlement à 41,2 %. Un résultat exemplaire à l’échelle du continent, obtenu par une volonté politique ferme et un cadre législatif contraignant.
J’ai plaidé pour aller plus loin : renforcer les capacités des femmes leaders, déployer des mécanismes de financement sensibles au genre, harmoniser notre action avec la CEDEAO et l’Union africaine.
« Une démocratie qui investit dans le leadership féminin investit dans la stabilité, la gouvernance inclusive et le développement durable. »

Rendre compte, après chaque mission
Ce que le Sénégal défend à New York, à Doha ou à Genève trouve sa légitimité dans ce que les femmes sénégalaises vivent chaque jour. L’action internationale n’a de sens que si elle se traduit, ici, dans des vies transformées.
J’ai pris l’engagement de rendre compte à mes concitoyennes et concitoyens après chaque mission officielle. Ce bilan est le mien. Le prochain le sera aussi. Retrouvez toute mon actualité ministérielle sur ce site — parce que la transparence n’est pas une option, c’est une exigence.


